La COVID-19 accélère de manière mesurable le vieillissement épigénétique sur trois ans
Une étude longitudinale portant sur 54 adultes révèle que l'infection par la COVID-19 accélère significativement le vieillissement biologique selon plusieurs horloges épigénétiques.
Résumé
Des chercheurs ont suivi le vieillissement épigénétique de 54 adultes d'âge moyen à âgés sur trois ans, en prélevant des échantillons de sang juste avant la pandémie de COVID-19 et à nouveau vers la fin de celle-ci. En utilisant huit horloges épigénétiques, ils ont constaté que les 27 participants ayant contracté le COVID-19 présentaient une accélération du vieillissement épigénétique significativement plus importante que les 27 qui ne l'avaient pas contracté. Trois horloges — DNAmGrimAge, DNAmGrimAge2 et DNAmFitAge — ont montré une accélération statistiquement significative chez les individus infectés après ajustement pour les variables de référence. Les participantes ont montré des effets plus marqués sur certaines horloges spécifiques. L'étude a également identifié des modifications notables de la méthylation dans des gènes liés à la spermatogenèse (H1FNT) et à la fonction immunitaire (CSTL1), ce qui suggère que le COVID-19 laisse une empreinte épigénétique durable avec des conséquences potentielles sur la santé à long terme.
Résumé détaillé
Le vieillissement biologique n'est pas déterminé uniquement par le calendrier — les profils de méthylation de l'DNA, lisibles grâce aux horloges épigénétiques, reflètent les effets cumulés du mode de vie, de l'environnement et des maladies sur le rythme du vieillissement. L'hypothèse selon laquelle la COVID-19 accélérerait ce processus avait été émise, mais les preuves longitudinales à long terme chez des adultes vivant dans la communauté restaient rares avant cette étude.
Des chercheurs de l'Université hongroise des sciences du sport ont recruté 54 volontaires (35 femmes, 19 hommes ; majoritairement des adultes d'âge moyen à avancé) dont le sang avait été prélevé fin 2019, juste avant le début de la pandémie. Des échantillons de suivi ont été collectés environ trois ans plus tard, entre fin 2022 et début 2023. Sur les 54 participants, 27 ont déclaré avoir contracté la COVID-19 à un moment ou un autre au cours de cette période. Des mesures de condition physique — VO₂ max, force de préhension et saut vertical — ont également été évaluées aux deux temps de mesure. Huit horloges épigénétiques validées ont été appliquées aux données de méthylation de l'DNA sur sang total, obtenues via la puce Illumina EPIC.
Sur l'ensemble de la cohorte, le tableau dressé par les horloges épigénétiques était contrasté : DNAmAge indiquait un vieillissement accéléré sur les trois ans, tandis que cinq horloges (DNAmAgeSkinBlood, DNAmAgeHannum, DNAmFitAge, PhenoAge et DNAmTL) suggéraient un vieillissement ralenti — reflétant probablement des différences dans les processus biologiques capturés par chaque horloge. Point essentiel : lorsque les groupes infectés et non infectés ont été comparés après ajustement sur l'âge de base, l'IMC, le sexe et les variables de condition physique, l'infection par la COVID-19 était associée à une accélération significativement plus importante de l'âge épigénétique pour DNAmGrimAge (p=0,024), DNAmGrimAge2 (p=0,047) et DNAmFitAge (p=0,032). Les horloges GrimAge sont particulièrement remarquables car elles sont fortement prédictives de la mortalité et de la morbidité. Les participantes ont présenté un effet d'accélération de DNAmAge plus marqué et ont également montré un vieillissement ralenti sur SkinBloodClock et DNAmTL, ce qui suggère des réponses épigénétiques à la COVID-19 spécifiques au sexe.
Au niveau des sites CpG individuels, la diminution de méthylation la plus significative a été observée dans la région promotrice de H1FNT, un gène codant une histone testis-spécifique importante pour la spermatogenèse, tandis que le promoteur de CSTL1 (codant la Cystatine-like 1, impliquée dans la régulation immunitaire) présentait la plus forte augmentation. Ces résultats suggèrent que la COVID-19 pourrait laisser des empreintes épigénétiques sur des gènes au-delà de ceux directement impliqués dans la réponse immunitaire.
Les auteurs concluent que la COVID-19 exerce un effet modéré mais mesurable à long terme sur le vieillissement épigénétique, ce qui est cohérent avec des études antérieures à plus court terme montrant des augmentations post-infection de PhenoAge et de GrimAge. Le plan longitudinal sur 3 ans distingue notamment cette étude des travaux transversaux et permet de détecter des effets épigénétiques durables plutôt que transitoires. Néanmoins, la taille modeste de l'échantillon, le statut infectieux déclaré par les participants sans confirmation par PCR, l'absence de données sur la sévérité de la COVID-19 ou la vaccination, ainsi que l'impossibilité de contrôler l'ensemble des changements de mode de vie survenus pendant la pandémie, limitent la portée des conclusions.
Principales conclusions
- COVID-19 infection significantly accelerated epigenetic aging on DNAmGrimAge, DNAmGrimAge2, and DNAmFitAge over 3 years.
- Female participants showed stronger COVID-19-associated DNAmAge acceleration than males.
- H1FNT promoter methylation decreased most significantly, while CSTL1 promoter methylation increased the most.
- Eight clocks gave mixed signals overall, with one showing acceleration and five showing slowed aging across the full cohort.
- GrimAge-based clocks, which best predict mortality risk, were the ones most sensitive to COVID-19 exposure.
Méthodologie
Une étude longitudinale prospective de 3 ans portant sur 54 adultes dont la méthylation de l'ADN sanguin a été profilée par puce Illumina EPIC avant la pandémie (octobre–novembre 2019) et après (octobre 2022–janvier 2023). Huit horloges épigénétiques ont été calculées et comparées entre 27 participants s'étant déclarés infectés par la COVID-19 et 27 participants non infectés, à l'aide d'une régression linéaire ajustée sur l'âge basal, le sexe, l'IMC et des variables de condition physique.
Limites de l'étude
Le statut infectieux a été autodéclaré sans confirmation par PCR, et la sévérité de la COVID-19, son calendrier et le statut vaccinal n'ont pas été systématiquement enregistrés. La taille de l'échantillon de 54 participants limite la puissance statistique et la généralisabilité des résultats. Les changements de mode de vie liés à la pandémie (réduction de l'activité physique, stress, modifications alimentaires) dans les deux groupes peuvent constituer des facteurs confondants pour les résultats épigénétiques.
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