L'ESHRE publie 44 recommandations pour préserver la fertilité des garçons avant un traitement contre le cancer
De nouvelles directives de l'ESHRE définissent les meilleures pratiques en matière de cryoconservation du tissu testiculaire chez les enfants devant subir des thérapies gonadotoxiques, couvrant les critères d'éligibilité, le conseil et les protocoles de biopsie.
Résumé
La Société européenne de reproduction humaine et d'embryologie (ESHRE) a publié 44 recommandations de consensus d'experts encadrant la préservation de la fertilité chez les garçons prépubères et les adolescents de sexe masculin qui ne sont pas en mesure de produire des spermatozoïdes avant de subir des traitements anticancéreux gonadotoxiques. La cryoconservation de tissu testiculaire (TTC) est de plus en plus proposée comme seule option viable pour ces patients. Plus de 3 000 garçons ont subi cette procédure dans le monde, un chiffre qui a doublé en cinq ans. Les recommandations portent sur la mise en place des programmes, les critères d'éligibilité des patients, le conseil, les techniques de biopsie chirurgicale, le traitement des tissus, le contrôle qualité et la conservation à long terme. Élaborées par un groupe de travail européen multidisciplinaire et évaluées par 22 parties prenantes externes, elles visent à standardiser les pratiques tout en identifiant les domaines nécessitant de toute urgence des recherches complémentaires avant que la restauration clinique de la fertilité ne devienne une pratique courante.
Résumé détaillé
Le taux de survie au cancer chez les enfants s'est considérablement amélioré, mais la chimiothérapie et la radiothérapie gonadotoxiques peuvent détruire de façon permanente les cellules souches spermatogoniales (CSS) qui sont à la base de la fertilité future. Pour les hommes postpubères, la congélation de sperme constitue une solution simple. En revanche, pour les garçons prépubères et les adolescents ne pouvant pas encore produire de sperme, la cryopréservation de tissu testiculaire (CTT) est la seule stratégie disponible — et jusqu'à présent, aucun consensus international n'existait sur la manière de la réaliser de façon sûre et homogène.
Le groupe de travail de l'ESHRE sur la préservation de la fertilité chez les garçons a conduit une revue systématique de la littérature jusqu'en septembre 2024, en utilisant PubMed/MEDLINE et la Cochrane Library. Un panel multidisciplinaire — réunissant des spécialistes en oncologie pédiatrique, endocrinologie de la reproduction, andrologie, chirurgie, biobanque de tissus, biologie des cellules souches, soins infirmiers et éthique — a synthétisé les données probantes et est parvenu à un consensus sur 44 recommandations de bonnes pratiques réparties en six grands domaines. Le projet a fait l'objet d'une consultation publique auprès des parties prenantes, recevant 172 commentaires de 22 évaluateurs indépendants, tous examinés avant la publication finale.
Un élément frappant en toile de fond de ces recommandations est l'essor rapide de la CTT : une enquête internationale récente a recensé plus de 3 000 procédures réalisées dans le monde, avec un doublement du nombre sur cinq ans seulement. Malgré cette progression, l'utilisation clinique du tissu cryopréservé pour restaurer la fertilité n'a pas encore été démontrée chez l'être humain. Les recommandations établissent donc une distinction claire entre la procédure validée (la biobanque de tissu) et l'application expérimentale (la transplantation future ou la maturation in vitro), en insistant sur la nécessité d'un conseil transparent auprès des patients et de leur famille afin de définir des attentes réalistes.
Les recommandations cliniques clés précisent à qui la CTT devrait être proposée — principalement aux garçons confrontés à des protocoles gonadotoxiques à haut risque (par exemple, agents alkylants au-delà de doses seuils, irradiation corporelle totale) pour lesquels le risque d'azoospermie dépasse ~50 %. Les recommandations soulignent qu'une équipe multidisciplinaire est indispensable, avec un « Divisional Champion » désigné pour garantir l'orientation des patients en temps utile, avant le début du traitement. La technique de biopsie chirurgicale, le volume de tissu prélevé, les protocoles de cryoprotection, les marqueurs de contrôle qualité (viabilité des CSS, fonction des cellules somatiques) et les normes de biobanque sont tous abordés en détail. Fait important, les recommandations préconisent une évaluation histologique systématique du tissu biopsié et demandent aux centres de maintenir des registres prospectifs permettant le suivi des résultats pour les patients.
Le groupe de travail souligne explicitement plusieurs lacunes non résolues dans la recherche : aucune naissance vivante chez l'être humain n'a encore été rapportée à la suite d'une transplantation de tissu testiculaire immature ou d'une maturation in vitro de CSS ; la sécurité oncologique de la retransplantation autologue de tissu (risque de réintroduction de cellules malignes) n'est pas résolue pour les cancers hématologiques ; et les protocoles optimaux de cryopréservation font encore débat. Les recommandations présentent donc la CTT comme une procédure proposée dans un cadre éthiquement rigoureux et ancré dans la recherche active, plutôt que comme un service clinique de routine — tout en faisant valoir que ne pas proposer cette option prive les garçons de leur seule assurance de fertilité disponible. Les centres sont invités à participer aux registres nationaux et européens afin d'accélérer la constitution des données probantes nécessaires pour passer du stockage de tissu à la restauration effective de la fertilité.
Principales conclusions
- Over 3,000 boys worldwide have undergone testicular tissue cryopreservation, with the number doubling in the past 5 years, reflecting rapid clinical adoption despite unproven fertility restoration.
- 44 consensus recommendations were formulated across domains including program setup, eligibility criteria, counselling, surgical biopsy, tissue processing, quality control, and long-term storage.
- The working group received 172 stakeholder comments from 22 independent reviewers during open peer review, all adjudicated before final publication.
- High-risk gonadotoxic regimens — including alkylating agents above threshold doses and total body irradiation — are identified as primary eligibility triggers due to >50% azoospermia risk.
- No human live birth from immature testicular tissue transplantation or in vitro maturation of spermatogonial stem cells has yet been reported, underscoring the experimental nature of future clinical applications.
- Oncological safety of autologous tissue retransplantation remains unresolved, particularly for haematological malignancies where malignant cell contamination of stored tissue is a documented concern.
- A multidisciplinary team including oncology, reproductive endocrinology, surgery, nursing, mental health, and ethics is identified as essential infrastructure for any TTC programme.
Méthodologie
Il s'agit d'un article de recommandations de bonnes pratiques (GPR) de l'ESHRE, élaboré selon une méthodologie prédéfinie : un groupe de travail multidisciplinaire a conduit une revue systématique de la littérature dans PubMed/MEDLINE et la Cochrane Library jusqu'au 22 septembre 2024, a examiné l'ensemble des titres et résumés, collecté les textes intégraux et synthétisé les données probantes par domaine. Les critères de jugement critiques étaient l'intégrité du tissu testiculaire et la survie des cellules souches spermatogoniales ; les critères importants comprenaient la survie et la fonction des cellules somatiques. Le consensus sur 44 recommandations a été atteint par discussion itérative au sein du groupe de travail. Le projet a fait l'objet d'une révision par les pairs ouverte aux parties prenantes (172 commentaires, 22 évaluateurs) et a été révisé en conséquence. Aucun essai contrôlé randomisé ni méta-analyse formelle n'ont été réalisés ; le document représente un consensus d'experts éclairé par la littérature disponible.
Limites de l'étude
Ces recommandations reposent sur un consensus d'experts plutôt que sur des données issues d'essais randomisés de haute qualité, les données contrôlées disponibles concernant les résultats de la cryoconservation du tissu testiculaire (TTC) chez l'homme étant très limitées. L'utilisation clinique du tissu conservé pour restaurer la fertilité demeure entièrement expérimentale, aucune naissance vivante confirmée chez l'homme n'ayant été rapportée à ce jour, ce qui limite la possibilité d'émettre des recommandations graduées selon le niveau de preuve pour les applications futures. Le financement a été assuré intégralement par l'ESHRE, sans conflit d'intérêts externe déclaré ; toutefois, la méthodologie fondée par nature sur l'expertise introduit un risque potentiel de biais lié au consensus.
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